Dans cet entretien, Robin Degron,Haut fonctionnaire et Directeur de recherche à la Sorbonne, membre du Haut conseil du climat et de la biodiversité de la Métropole Nice-Côte d’Azur, nous expose les risques encourus et plus que jamais par la Mer Méditerranée face aux changements climatiques croissants qu’elle subit et les plans d’action entrepris et à entreprendre en sa faveur.
QUESTIONS
- Selon le dernier rapport du MedECC , novembre 2024, la Méditerranée est l’une des régions les plus vulnérables aux changements climatiques, si vous analysiez – vous ces risques et quelles sont les conséquences sur la biodiversité, le littoral à l’horizon 2050?
Les dérèglements climatiques sont polymorphes. En Méditerranée, qui est en effet une région très exposée avec une augmentation de la température de l’air et de l’eau de l’ordre de +20% de plus que la moyenne mondiale.
On retrouve
1/ Les canicules et nuits tropicales insupportables sans climatisation dès les mois de mai et juin et jusqu’en septembre.
2/ Des pluies torrentielles en automne-hiver avec de lourds bilans de pertes humaines (ex. Valencia en 2024, les côtes libyennes en 2023).
3/ La montée des eaux avec des dynamiques de submersion parfois aggravées par les tempêtes, mais qui dépendent de la géomorphologie, du type de rivage (cf. différence entre la Camarguen le delta du Po ou du Nil, par rapport à des côtes rocheuses en Adriatique par exemple).
Le dernier rapport du MedeCC insiste en particulier là-dessus mais ce n’est qu’un facteur de6 déstabilisation parmi d’autres hélas.
Sur la biodiversité en particulier, c’est la hausse des températures de l’eau qui pousse à la tropicalisation des espèces avec la mortalité de la flore endogène à la Grande Bleue et l’exode des espèces animales qui partent vers l’Atlantique par le détroit de Gibraltar. Cette substitution est déjà très marquée en Méditerranée orientale où les pêcheurs commencent à profiter du crabe bleu qui provient de l’océan indien. Mais on perd aussi des espèces locales et il va falloir inexorablement s’adapter à cette nouvelle donne écologique.
- 2) Quels sont les travaux de l’association Plan Bleu pour soutenir la Méditerranée?
Au sein du Plan d’action pour la Méditerranée du PNUE, le Plan Bleu mène plutôt des réflexions prospectives et stratégiques fondées sur son Observatoire de la Méditerranée. Il a été la cheville ouvrière de la nouvelle stratégie méditerranéenne de développement durable SMDD 2026-2035 validée par la COP24 de la Convention de Barcelone qui s’est tenue au Caire à la fin de 2025.

Sur un autre plan plus opérationnel, d’autres centres d’activités oeuvrent, de façon opérationnelle, pour l’environnement en Méditerranée comme le SPA RAC à Tunisie sur la Biodiversité, le PAP RAC à Split sur l’aménagement du littoral, le SCP RAC à Barcelone sur l’économie circulaire (cf. Enjeu de la pollution aux plastiques) ou encore le tout Nouveau Centre dédié aux changements climatiques (CC RAC) d’Istanbul.
C’est un travail d’équipe et qui doit beaucoup, sur le terrain, à l’action des autorités locales et de la société civile, spécialement en Tunisie où elle est très active et féminisée.
- 3) Dans le dernier rapport du Plan Bleu « Med 2050″, quel avenir pour la Méditerranée »? six scénarios ont été proposés, pourriez vous nous l’expliquer ?
Le rapport a précédé la définition de la SMDD 2026-2035. Il dit en substance que le réchauffement climatique va s’imposer et qu’il va falloir s’y adapter très rapidement. C’est tout l’objet de la nouvelle SMDD. Plusieurs scénarios sont proposés mais, globalement, la question est de savoir qui portera la réaction méditerranéenne : l’ONU, l’UE, les Etats, les collectivités territoriales, la société cvile? . Sans doute tous ces acteurs.




